La chirurgie implantaire est un acte de chirurgie invasive, au même titre que la chirurgie buccale, acte classifié d’acte à haut risque infectieux selon les anglo-saxons où tout dispositif médical doit être stérile ou à usage unique.
Actuellement les infections nosocomiales sont un problème majeur de santé publique. En effet, la multiplicité des actes invasifs et la nécessité de prendre en charge un risque que les patients ne veulent plus assumer font de la lutte contre ces infections un problème de société que les pouvoirs publics tentent de résoudre depuis plusieurs années.
Le devoir d’asepsie est une obligation réglementaire pour toutes les professions médicales et les établissements de soins. Si le respect d’une qualité et de la sécurité des soins prodigués aux patients fait partie de l’éthique médicale, les articles 3-1 et 62 du code de déontologie en chirurgie dentaire précisent que l’hygiène et l’asepsie sont des obligations légales.
Seuls ces deux textes concernent l’hygiène et l’asepsie en chirurgie dentaire. L’hygiène et l’asepsie sont un devoir du praticien qui doit donner des soins conformes aux données acquises de la science.
Cependant, nous devons suivre certaines recommandations et circulaires, délivrées par des organismes comme la DGS (direction générale de la santé), l’ADF ou encore le Conseil supérieur d’hygiène publique de France. Elles rassemblent essentiellement des protocoles à effectuer en matière de désinfection et stérilisation selon des normes très précises. Ces dernières concernent la chaîne de stérilisation, ensemble des techniques qui vont de la fin de l’utilisation d’un dispositif médical jusqu’à sa mise à disposition stérile pour l’utilisateur. Tout chirurgien dentiste doit connaître et appliquer ces normes et protocoles en matière d’hygiène et asepsie
En ce qui concerne la chirurgie buccale, et, plus précisément la chirurgie implantaire, rien n’oblige à réaliser ces actes dans une salle d’intervention spécifique. Aussi pour déterminer une ligne de conduite cohérente, nous devons intégrer l’état d’esprit indispensable à l’hygiène afin de maîtriser la chaîne d’asepsie, clé de la réussite pour la lutte contre le risque nosocomial. En d’autres termes, chaque praticien doit réfléchir à son organisation et ses actes thérapeutiques pour aboutir à une cohérence gestuelle en fonction des niveaux de risques permettant la maîtrise de la chaîne d’asepsie.
Si on se réfère à la littérature internationale peu d’études ont analysé le problème de l’hygiène et asepsie en chirurgie implantaire.
Deux remarques importantes sur cette étude, le nombre de cas réalisés en service de parodontologie parait faible comparé à celui en service de chirurgie avec des opérateurs différents ; de plus il est marquant d’avoir comparé un service de chirurgie avec un service de parodontologie, équivalent d’un cabinet dentaire.
Les taux de succès comparables dans les deux groupes (423 implants posés sur 201 patients dans le groupe I et 427 implants posés sur 192 patients dans le groupe II) à la mise en charge prothétique et un an après, permettent aux auteurs de confirmer que les « conditions d’asepsie »suffisent pour la pose d’implant dentaire. Ces auteurs confirment ces résultats dans une deuxième étude sur 5 ans où 1553 implants ont été posés selon un protocole unique de « conditions d’asepsie », observant un taux de 0,77% d’échec.
Ces études semblent montrer que la chirurgie implantaire orale peut être réalisée dans une salle non spécifique comme la salle de soins de cabinet dentaire, en respectant des conditions d’asepsie : asepsie environnementale et gestuelle et ergonomie en cours d’intervention.
En termes d’obligation légale, le chirurgien dentiste n’a pas à créer de salle d’intervention spécifique pour les actes invasifs comme la chirurgie implantaire ou buccale. La création d’une salle d’intervention spécifique pour la chirurgie implantaire peut s’avérer intéressante pour optimiser l’ergonomie dans l’organisation quotidienne du cabinet dentaire. En revanche, le praticien doit être vigilant et respectueux de la mise en œuvre des techniques d’hygiène et d’asepsie. La maîtrise de la chaîne d’asepsie sera abouti par une organisation stricte réalisée autour d’un axe principal, véritable « colonne vertébrale » de l’asepsie, la chaîne de stérilisation, dont les normes sont bien établies. Seule la réflexion sur notre organisation et sur nos actes chirurgicaux permet d’obtenir une cohérence gestuelle en fonction des niveaux de risque et ainsi d’atteindre une « ligne de conduite » alliant rigueur et vigilance pour la maîtrise de la chaîne d’asepsie.
GuillaumeDROUHET
Attaché de l’unité d’implantologie chirurgicale faculté de chirurgie dentaire Garancière-HotelDieu Paris 7
Diplôme Universitaire d’Implantologie Chirurgicale et Prothétique Université Paris 7
Diplôme d’Expertise Médicale et Odontologique, Fernand Vidal Paris 6.
4 rue Chomel, 75007 Paris
PatrickMISSIKA
Maître de conférence des Universités
Responsable du Diplôme Universitaire d’implantologie chirurgicale et prothétique
Faculté de chirurgie dentaire Garancière-HotelDieu, Université Paris 7
Expert national agréé par la Cour de Cassation